Entretien avec Sylvain Carle : « il faut différencier l’innovation réactique de l’innovation de développement »

Conseil Inspiration

Il y a quelques jours, nous avons eu la chance de rencontrer Sylvain Carle, associé chez Real Ventures, mentor en chef et expert en technologies émergentes. Alors qu’il venait de partager son expérience avec nos intrapreneurs de la 4ème cohorte au cours d’un diner inspirant, il a bien volontiers accepté de répondre à nos questions.

Au cours de l’entrevue, nous avons discuté nouvelles technologies, innovation et intrapreneuriat. Et il faut dire que l’ancien évangéliste techno de Twitter et investisseur reconnu pour les start-ups est bien placé pour nous exposer sa vision en la matière. Retour sur une rencontre inspirante, connectée et résolument visionnaire.

 

[Initiative intrapreneuriale] Vous vous définissez comme un « nerd socialiste et pragmatique, qui croit que la technologie est un moyen de changer le monde » et vous aimez investir dans des idées et des gens capables de transformer les industries. Aujourd’hui, vous êtes associé chez Real Ventures, c’est quoi une journée type pour vous, et qui répond à cette description ?

[Sylvain Carle] Je dirais plutôt que j’ai des semaines type et non une journée. J’ai tendance à diviser mes semaines en différents types de tâches. Il y a d’abord la prospection, la rencontre d’entreprises, d’entrepreneurs et la découverte de beaux projets. Ensuite, je travaille sur les dossiers en décision d’investissements et sous-jacent à cela, il y a énormément de lectures pour comprendre les enjeux et les perspectives, La troisième partie de mon travail est d’accompagner et de soutenir les entrepreneurs dans lesquelles on investit (défi de démarrage, de croissance, de recrutement et même de culture d’entreprise). Et enfin, il y a toute une partie concernant la promotion et la vulgarisation du monde start-up et des entreprises en technologie et en innovation numérique.

 

Est-ce que vous avez toujours été entrepreneur ou avez-vous déjà été intrapreneur ?

J’ai été surtout entrepreneur mais en travaillant chez Twitter, j’ai été intrapreneur puisque c’est une compagnie qui a une culture intrapreneuriale pour l’ensemble de ses employés. C’est d’ailleurs ce qui m’a attiré à aller là-bas, cette possibilité de faire et mener des projets à même Twitter.

 

Est-ce qu’aujourd’hui vous investissez dans des projets intrapreneuriaux ?

Présentement on investit uniquement dans des projets entrepreneuriaux. Mais néanmoins on se pose souvent la question dans un cas précis : si l’intraprise devenait un spin-off, ça serait peut-être envisageable oui.

 

Est-ce que vous voyez des liens ou des similitudes entre l’intrapreneuriat et les start-ups dans lesquelles vous investissez ? 

Dans les méthodes et les pratiques il y a clairement des caractéristiques communes et les intrapreneurs peuvent s’inspirer de ce qui se fait dans les start-ups. Mais il y a des différences importantes et qui sont au péril des intrapreneurs qui ne sauront pas comprendre que l’opération ne peut pas être au détriment de l’innovation dans une grande entreprise. C’est un défi propre aux intrapreneurs puisqu’ils s’appuient sur une structure existante, contrairement aux entrepreneurs qui partent de rien.  Dans une entreprise établie, on ne peut pas mettre en péril le cœur de son fonctionnement avec l’innovation. Je pense que les intrapreneurs doivent travailler à côté, en parallèle pour développer leur innovation, tout en pensant en amont à ce qu’ils devront mettre en place pour l’intégrer possiblement dans l’entreprise par la suite. C’est plus facile de travailler dans un « plus petit bocal » sur le côté que de s’intégrer dès le début à l’entreprise existante.

 

Est-ce que vous sous-entendez qu’il est plus facile de créer que d’adapter ou transformer ?

Tout à fait.

 

Selon vous, est-ce que l’intrapreneuriat est une solution à long terme ou c’est davantage une étape dans le processus entrepreneurial ?

Je pense que ça peut être une solution à long terme mais c’est soluble alors il faut que ce mode de gestion transforme toute l’organisation.

 

Ce mois-ci, nous avons un mois spécial « l’innovation comme levier de croissance », quelle est votre définition de l’innovation ?

C’est faire quelque chose de nouveau ou de façon différente, tout en étant conscient des contraintes et en les utilisant de manière créative, constamment.

Derrière l’innovation, il y a l’idée qu’on n’a jamais fini d’innover.  Si on a un processus répétable pour faire de l’innovation, ce n’est plus de l’innovation. Donc par défaut, l’innovation c’est un déséquilibre et c’est inconfortable.

 

Est-ce que l’intrapreneuriat favorise l’émergence de l’innovation ?

Oui si on réussit à avoir les bonnes conditions. Un exemple concret est d’avoir cette capacité de faire de l’innovation par la base mais tout en étant cadré et dirigée par la mission et la haute direction, Si on n’a pas les deux, c’est très difficile d’avoir les bonnes conditions puisqu’on sera toujours à se battre contre d’autres priorités, défis ou besoins. Il faut d’ailleurs différencier deux types d’innovation : l’innovation réactique, qui est là pour répondre à une crise ou un changement et l’innovation d’opportunité, de développement qui permet de créer de la valeur ajoutée.

 

Vous dites souvent qu’il faut construire des nouveaux modèles d’affaires plutôt que de combattre ceux existants. Quel est votre conseil si un intrapreneur se retrouve face à une résistance au changement du modèle ?

Il faut se faire des alliés et être prêt à recevoir toutes les objections. Et il faut être capable de faire du judo, d’utiliser la force de l’objection contre elle-même. Il faut garder en tête qu’une forte objection a toujours des racines et des raisons. Alors comment -on peut prendre objectivement les objections quand on présente son idée ou son projet ? Il faut faire ses devoirs et être capable de répondre à toutes les questions, réticences. Chez FounderFuel, on prépare nos entrepreneurs en faisant des objections sur chaque ligne de leur pitch.

 

Souvent dans les entreprises familiales, vient la phrase « on a déjà essayé et ça n’as pas marché ». Qu’est-ce que vous répondriez à cette phrase ?

Tout d’abord, qu’est-ce qu’on a appris ? Et si on n’a rien appris, pourquoi on a rien appris ? Et comment peut-on prouver que le projet intrapreneurial va créer de la valeur ? Un projet n’apportera peut-être pas les résultats financiers escomptés mais il aura peut-être un effet très positif pour le moral de l’équipe par exemple. Il y a toujours quelque chose à apprendre dans un projet.

 

Merci beaucoup Sylvain d’avoir répondu à nos questions et merci pour ton généreux partage d’expérience.

 

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